En partenariat avec l’Institut national d’histoire de l’art
le jeudi 6 mai 2010 à l’auditorium Colbert, INHA, Paris
Après la journée « Art contemporain et territoires » organisée en 2008, tram Réseau art contemporain Paris / Ile-de-France, poursuit la réflexion engagée avec cette seconde journée, ouverte à tous, et axée sur la problématique des relations entre art contemporain, centres et périphéries. Ce thème, constitutif de l’histoire de tram, prend tout son sens au moment où le débat sur le Grand Paris est engagé et où les schémas de représentation auxquels renvoient les termes « centres » et « périphéries » sont à réévaluer à l’aune de la décentralisation et de la mondialité. Artistes, chercheurs, élus, responsables de lieux et de projets sont invités à analyser cette situation, à en débattre et à tenter d’y substituer de nouveaux modes de perception, d’action et de création.
9h30 - 10h00
Accueil
10h00 - 10h10
Caroline Coll et Lionel Balouin, coprésidents de tram
10h10 - 10h40
Introduction : Laurent Jeanpierre, professeur de science politique, Université Paris 8
Modèles abstraits de représentation des mondes de l’art
Il y a de nombreux modèles de figuration de l’ensemble des relations économiques, politiques, sociales, artistiques, qui peuvent exister entre différents protagonistes du monde social, en particulier du monde de l’art contemporain. Deux formes semblent dominer cependant dans la culture visuelle contemporaine : le cercle concentrique, avec son centre et ses périphéries ; le réseau, avec ses nœuds et ses liens. Il n’est pas nécessaire d’insister sur le fait que la culture et la politique françaises ont hérité d’un modèle particulièrement centralisé. Ni l’Île-de-France, ni l’art contemporain ne semblent échapper à l’inertie de ces structures nationales malgré les efforts de la décentralisation et des initiatives comme celles du Réseau Tram, organisateur de cette journée et instigateur de cette réflexion.
Il ne sera pas question ici de proposer un bilan de ces tendances à atténuer le poids de l’hégémonie parisienne dans l’art contemporain francilien et national. On s’interrogera plutôt sur l’intérêt de chacun des modèles qui dominent l’analyse spatiale contemporaine et sur leurs impensés. Il en ressortira peut-être quelques questions nouvelles, comme celle du choix d’échelle, qui est susceptible de concerner aussi bien la théorie que l’action culturelles.
Cartographier l’espace dans lequel on intervient n’est pas le privilège des sciences humaines ni des stratèges militaires. Comme l’a bien montré le critique américain Fredric Jameson, c’est aussi le propre d’une époque qui doute sur sa direction. Et c’est donc tout naturellement une pratique qui s’est développée dans l’art contemporain des dernières décennies. Sans pouvoir l’aborder de front, on gardera cette idée à l’esprit.
10h40 - 12h40
Centres et périphéries : une cartographie de l’art contemporain ?
Table ronde modérée par Olivier Marboeuf, directeur de l’Espace Khiasma
Nathalie Viot, conseiller art contemporain et directrice artistique associée mission T3, Département de l’art dans la Ville, Paris
Un projet artistique à la mesure des territoires
Le T3 entend simplifier les transports de banlieue à banlieue et améliorer l’interconnexion avec les réseaux de transports publics. Ainsi, le prolongement de T3 Sud vers l’Est permet d’améliorer la mobilité urbaine et permet de renforcer la liaison avec les communes limitrophes. La conception artistique de la ligne du tramway T3 sud a été intégrée à un projet d’aménagement urbain et paysager d’ensemble donnant sa place à l’art contemporain. Cette implantation se fait tout au long du parcours du tramway et donne toute sa place à la culture dans l’espace public.
Il faut avant tout comprendre que ces interventions artistiques participent à l’ampleur régionale du projet, à l’ouverture de Paris vers les communes riveraines et au renforcement des liens tissés entre la capitale et ses environs. Elles permettent de ne former qu’un seul et même territoire. Ces interventions artistiques seront implantées sur une vingtaine de sites différents qui sont identifiés en collaboration avec les architectes et maîtres d’œuvre du projet. Ses sites permettront d’offrir aux voyages et aux riverains des moments de pause face à la fluidité et la vitesse du tramway. Aussi, ces œuvres doivent engendrer une réflexion de l’espace par l’art et faire découvrir la ville autrement.
Il ne faut pas oublier que la mission artistique travaille en totale collaboration avec les architectes du tramway, la RATP, les mairies d’arrondissements, et des communes limitrophes concernées, et des établissements culturels se trouvant sur le parcours.
Enfin notons que ce projet a permis la création de services pouvant initier les voyageurs à l’art contemporain d’où la création d’outils pour comprendre les œuvres, musée de Quartier, vitrines culturelles, école de transmission de l’art.
A ce jour plus de vingt artistes, venus de France, de Suisse, d’Allemagne, de Belgique, d’Italie, du Japon, du Portugal, des Etats-Unis oeuvrent pour ce grand projet qui verra le jour en Décembre 2012.
Xavier Douroux, co-directeur du Consortium à Dijon
Emiliana Sabiu, artiste, présidente de l’association Cherimus (Italie)
La Sardaigne est-elle une île ?
Intitulé du premier projet, point de départ de l’activité de Cherimus, c’est la question centrale à laquelle nous cherchons encore à donner une réponse. Je parlerai de la nécessité pour les artistes d’intervenir dans le territoire et de se confronter aux problèmes de la société. Aussi quelles réponses l’art peut-il apporter dans ce territoire ? Une réponse qui ne doit pas être seulement philologique, mais concrète dans la vie des habitants. Je parlerai de la réaction des artistes qui ont été invité à expliquer leur travail devant un public qui n’avait jamais entendu parler d’art contemporain. Et ainsi de la nécessité d’adapter leur langage, prélude du changement du langage de l’art, quand ils vont intervenir dans ce contexte.
David Cascaro, directeur de l’Ecole supérieure d’art de Mulhouse, Le Quai
Mulhouse entre Paris, l’Alsace et le Rhin supérieur
Etude d’un cas pratique. A proximité des modèles fédéralistes suisse et allemand, Mulhouse demeure attachée historiquement et professionnellement à la capitale française tout en cherchant à bâtir une autonomie de sa politique en faveur de l’art contemporain au sein d’un réseau régional transfrontalier.
Kathleen Rahn, directrice du Kunstverein Nürnberg (Allemagne)
La nouvelle centralisation de l’Allemagne
La compréhension du mouvement actuel vers Berlin, comme nouveau centre de l’art contemporain en Allemagne, nécessite un éclairage historique.
Avant la réunification de l’Allemagne, les grandes villes comme Hambourg, Cologne/Düsseldorf (qu’on pourrait étendre à toute la Rhénanie car on y inclut les musées de Krefeld, Mönchengladbach et Bonn), Francfort ou Munich avaient créé leurs propres scènes d’art, comprenant artistes, galeries et institutions, souvent même au nombre de plusieurs.
Pour s’expliquer la diversité des institutions qui peut exister au sein d’une même ville, il faut faire la différence entre les musées, les collections, les Kunsthallen (souvent municipales et organisant uniquement des expositions temporaires), les Kunstvereine (nés de l’engagement de membres privés qui fondent une association d’art, qui bénéficient également de subventions communales ou régionales et organisent des manifestations temporaires) et enfin, les écoles d’art qui constituent une part importante du public.
Dès les années 1990, il y a eu un important mouvement vers Berlin, devenu le centre politique de l’Allemagne. Les artistes y ont tout d’abord déménagé et récemment, de plus en plus de galeries bien établies de la Rhénanie s’y installent ou y ouvrent des filiales. Cela provoque un phénomène d’émigration des scènes d’art des autres villes vers Berlin. Une scène artistique internationale s’y développe aussi, du fait de loyers toujours bon marché. La ville constitue ainsi une plateforme agréable pour initier des collaborations.
Lorenzo Fiaschi, Galleria Continua
14h30 - 16h30
Déplacer les pratiques
Table ronde modérée par Sophie Auger, responsable du centre d’art contemporain de l’Onde, Micro Onde
Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon (Nogo Voyages), avec Stéphane Piveteau
Attractions périphériques
A partir du 19e siècle, les compagnies de tramway américaines construisent des
parcs d’attractions au bout de leurs lignes, les « trolley parks« , pour
susciter du trafic et rentabiliser leurs infrastructures. Le trolley park
inverse l’attractivité de la ville : le meilleur emplacement pour une attraction
urbaine n’est plus au centre, mais au contraire, le plus loin possible de la
ville. Il faut échapper à la ville pour créer un ailleurs, pour s’abstraire de
ses usages, de ses contraintes financières ou immobilières. Une nouvelle
logique urbaine émerge, qui peut rivaliser avec la logique du centre : celle des
attractions périphériques
Nicolas Michelin, architecte
La création artistique - pratique centrale ou périphérique pour l’architecture ?
On dit parfois d’un architecte que « c’est un artiste ». Cette erreur d’appréciation vient du fait que dans le travail de l’architecte, il y a une dimension « créative » mais en aucun cas il ne s’agit d’une crétation artistique. Car l’objet architectural répond avant tout à une demande (un programme, une exigence), sociale, économique et politique très éloignée de la liberté qui précède la création artistique.
Néanmoins, les architectes ont un besoin évident de croiser leurs regards et leurs pratiques avec le monde artistique. Les artistes travaillent sur le même champs qu’eux avec les mêmes « ingrédients », sociaux, politiques, environnementaux. Les échanges avec eux sur leurs analyses et leurs façons de reformuler les problématiques sont très enrichissantes.
Les architectes y découvrent une forme d’impertinence et de poésie qui peut manquer dans leur propre recherche trop souvent basée sur le signe et pas assez sur le sens.
Eric Provost, Maire Adjoint de Saint-Nazaire
Ville nouvelle créée au 19ième siècle, puis reconstruite après la seconde guerre mondiale, Saint-Nazaire ne pouvait se prévaloir d’un patrimoine culturel propre, ni de pratiques ou de traditions culturelles préétablies et structurantes. Ce contexte mais aussi une identité fortement marquée par les valeurs du travail et de la production (le port, les chantiers navals), n’avaient pas permis à Saint-Nazaire jusqu’ à une période récente d’être identifiée comme un lieu de représentation culturelle C’est sur cette faiblesse mais aussi sur cette force, sur ce champ libre qu’a pu s’exprimer depuis 30 ans, une volonté politique, celle du soutien à la création contemporaine, de l’intégration dans la cité des artistes et des œuvres. Avec la nuit des docks de Yann Kersalé, la création du centre d’art contemporain, le Grand Café, Escal’atlantic, le LiFE ou plus récemment la biennale Estuaire imaginée par Jean Blaise, nous avons poursuivi les mêmes objectifs, s’imprégner de l’histoire, de l’identité, de la réalité de la Ville, pour que chacun, artiste, habitant, visiteur, puisse s’approprier le territoire, les œuvres et se sentir associé, représenté
Mohamed Bourouissa, artiste
Catherine Grout, professeur d’esthétique, chercheur au LACTH, Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Lille
Réciprocité et mobilité
L’articulation entre centre et périphérie peut-elle correspondre a une interrelation non hiérarchisée ? Avec, par exemple, les œuvres de Lani Maestro, Jean-Christophe Nourisson, George Trakas et Akio Suzuki nous pouvons l’envisager de cette façon, car ces derniers ne les fondent pas sur une structure d’opposition binaire (centre / périphérie, sujet / objet). Potentiellement, l’expérience de leurs œuvres peut alors correspondre à une relation de réciprocité et a une ouverture sensible et mentale. Nous verrons comment cette relation peut alors déplacer les manières de se penser pour un sujet occidental et en quoi ceci peut aider a repositionner le schéma mental habituel.
Ce faisant, je mettrais l’accent sur l’expérience de sujets vivants en mouvement, sujets corporels en lien avec ce qui les entoure, plutôt que sur une position ou une structure abstraite, détachée de tout contexte.
16h30 - 17h00
Laurent Jeanpierre
Conclusion
N.B : Sont mentionnés dans ce programme, les participants ayant confirmé leur participation. Il est cependant susceptible d’être modifié.
INHA, auditorium Colbert, 2 rue Vivienne 75002 Paris
Métro Bourse
entrée gratuite
inscription auprès de tram :
taxitram@tram-idf.fr
01 53 19 73 50